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Le lupin en Algérie, aussi bien que le soja.

Producteurs, exploitations, et recherches

Le lupin en Algérie, aussi bien que le soja.

Message par Elbatni » Jeu Juin 18, 2015 9:23 am

LE LUPIN CONTRE LAFAIM


Par Saber Dahi. Articleparu au journal Le Temps (Tunisie) Economia du Mardi 11 novembre 2008sous le titre "la rose d'or des sables"
« Les grainesde lupin présentent un taux de protéines aussi intéressant que lesoja. Cette plante est adaptée au climat semi-aride. C'est donc uneespèce de choix en alimentation animale. Cependant, de nombreusesvariétés ne supportent pas les sols calcaires. Il faut donc lacultiver en sol acide. Il y a là une opportunité à ne pasnégliger». Djamel BELAID 18.06.2015




L’institution d’uneagriculture moderne et d’un revenu meilleur pour l’agriculteuront toujours figuré parmi les objectifs des derniers plans dedéveloppement quinquennaux. Sans risque d’équivoque, si lamodernisation agricole a été élevée au rang de prioriténationale c’est qu’on est parti du constat que le secteur n’estpas entré effectivement dans le 21ème siècle. Nous avons certesdes moissonneuses-batteuses, des vaches montbéliardes, de la goutteà goutte, des instituts et des universités agronomiques, deschercheurs même, mais notre agriculture est demeurée rustique,lacunaire et fragile.


Cet état d’arriérationorganique trouve sa meilleure expression dans la course interminableà la sécurité alimentaire, la quête du Graal, qui durant plusd’un demi-siècle a été freinée tantôt par les aléasclimatiques, tantôt par une mauvaise conjoncture économiqueinternationale mais toujours malmenée par l’inadéquation desmoyens mis en œuvre. Inadéquation qui ne veut pas pour autant direinsuffisance ou insuffisance de politiques volontaristes. De mêmeque le cumul de moyens de production ne forme pas nécessairement unsystème productif, de même que la dotation au secteur agricole denouveaux moyens techniques, financiers et institutionnelsn’accoucherait pas obligatoirement d’une nouvelle révolutionverte.


INDE, MAROC DES EXEMPLESAGRICOLES
Car au commencement il ya toujours le savoir. Une agriculture moderne, outre le déploiementde ces moyens vers des objectifs stratégiques clairs (la sécuritéalimentaire, l’amélioration des revenus des exploitants etouvriers agricoles), requiert une préalable recherche scientifiqueappliquée canalisée vers ces mêmes objectifs. Une rechercheconsciente de son rôle national qui s’éloigne audacieusement dessentiers battus de l’agriculture conventionnelle, prospecte denouvelles méthodes de culture, les adapte puis les vulgarise entemps opportun auprès des décideurs et des acteurs du secteuragricole. L’Inde, ce grand pays, l’a bien compris. Sa deuxièmerévolution verte (eh oui, ils en sont à leur deuxième !) aprèscelle de l’agrochimie des années 70, s’accomplit actuellementsous l’égide du développement durable et de l’agroécologie (àne pas confondre avec l’agriculture biologique qui est un luxe dansun contexte d’insécurité alimentaire).


Un nouveau mode deproduire amorcé par la flambée des prix des intrants agricoles,voulu par les pouvoirs publics et rendu possible par les chercheursagronomes dont les efforts ont résolu le dilemme d’une meilleureproductivité agricole sans recours abusif aux pesticides et auxengrais chimiques. Rien que deux innovations scientifiques issues dela recherche universitaire qui, s’appuyant sur la biodiversité dusol pour exploiter les éléments qui y sont présents, ont suffipour munir les décideurs politiques des moyens de leurs ambitions etde déterminer ainsi l’avenir agricole de l’Inde.


Au Maroc, dans le cadred’un programme national de transfert de technologie en agriculture(PNTTA), un formidable effort de réflexion et de vulgarisation «fédéré » sur Internet implique instituts agronomiques etchercheurs de tous bords en vue d’amortir l’onde de choc de lacrise alimentaire mondiale par de nouvelles méthodes de culture etde nouveaux produits agricoles jusque là inconnus ou délaissés.Les résultats sont parfois étonnants. C’est ainsi que, dans descontrées aux caractéristiques pédoclimatiques plus rudes que leSud-ouest tunisien, des paysans marocains font pousser du safrandestiné à l’exportation (qui rapporte au pays 60 milliards de nosMillimes), cultivent le quinoa, le riz des Incas (!) ou incorporentle caroube et la mélasse dans les rations alimentaires des vacheslaitières en substitution aux produits importés.


UN DEFICIT FOURRAGERIMPORTANT


L’un des défis majeurspour l’agriculture tunisienne est le maintien puis la reproductionélargie du secteur de l’élevage qui a subi de plein fouet lahausse des prix des céréales, du carburant et des alimentsconcentrés. Ce secteur constitue en valeur 36% de l’ensemble de laproduction agricole avec plus de 600 000 emplois directs et indirectset 1 million de jours de travail par an. C’est dire son importance.Sur le plan structurel, 73 % des éleveurs qui détiennent 62 % ducheptel exercent leur activité sur une exploitation inférieure à10 hectares peu propice à l’activité intégréepolyculture/élevage. La taille de la propriété, « l’élevagesans terre », associée à la dégradation des zones de parcours etde pâturage les rend du coup otages de sources extérieures pour lesbesoins alimentaires de leurs troupeaux. Plus est, les 300 000hectares actuellement consacrés aux cultures fourragères produisentselon les aléas climatiques entre 460 et 750 millions d’unitésfourragères (UF) pour des besoins estimés à 1400 millions d’UF,soit un taux de couverture moyen de 30 %.


Ce gigantesque déficitqui traduit parfaitement l’inadéquation des objectifs avec lesmoyens est comblé par le recours systématique au concentré dontles composants proviennent en quasi totalité de l’importation.Déjà, indépendamment du prix des intrants d’élevage cetteactivité n’est pas viable et même contre productive avec un aussifaible taux de couverture. L’extension des surfaces de culturesfourragères, pour améliorer ce taux, et des cultures spécifiquementprotéagineuses, pour pallier au déficit protéique et réduirel’importation, sont donc une condition sine qua non de la survie dusecteur. Mais quelles nouvelles terres seraient défrichées, quellesnouvelles cultures innovantes seraient retenues et avec quelles eauxseraient-elles irriguées ? A cet épineux problème, les acteurs dela recherche agronomique - qui ne publient rien sur leurs sites webmais qui laissent entrevoir leurs projets par bribes dans lesquotidiens ou les salons agricoles, proposent la substitution du sojaet du maïs par des aliments produits en Tunisie ( ?) comme laféverole, l’orge, le sorgho grain ou le tournesol.


TOUT MISER SUR LAFEVEROLE?


Finalement, c’est cettevieille connaissance de l’agriculture conventionnelle, la féverole(foul masri) qui a été retenue à la base d’un vaste programme derecherche visant à limiter l’importation de certains composants del’alimentation animale dont le très médiatique et controversésoja. Alors que 700 000 hectares de surfaces fourragèressupplémentaires seraient nécessaires pour combler le déficit en UFsi le mode de valorisation et le niveau de productivité sontmaintenus à leur état actuel, il n’est prévu qu’une extensionn’allant pas au-delà de 100 000 ha à l‘horizon 2011 dont 6000ha seraient irrigués par les eaux usées traitées. C’est toute laréponse à ce défi alors qu’on s’attendait à quelqueinnovation que ce soit.


Aucune mention sur lespossibilités du lupin, cette plante protéagineuse que déjà uncongrès mondial datant de 1984 a confirmé comme substitut à 100%du soja pour l’alimentation des ruminants et à 25% pour celle desvolailles. Si on questionne d’ailleurs le site de l’IRESA oucelui de l’Office de l’Elevage et des Pâturages sur cette plantenaturellement présente en Tunisie le moteur de recherche répond «qu’aucun article ne correspond à la requête. » (normal quand ladernière mise à jour de la Bibliothèque de l’OEP date dedécembre 2005).


LE LUPIN AUSSI RICHE QUELE SOJA


Les lupins sont desplantes de la famille des légumineuses au même titre que le soja oula féverole. Avec une teneur en protéines allant selon les espècesjusqu’à 43 % (qui est supérieure ou égale à celle du soja)associée à une composition de 25,5% de fibres, 13,5 % de sucres,12,5% de matières grasses et 5,5 % de minéraux, le lupin est leprotéagineux tout désigné pour l’autonomie protéique,l’économie d’intrants et le développement durable à l’échellede l’exploitation. Les éleveurs français en rébellion contre lelobby soja y trouvent même « un trésor agroalimentaire occulte »; la valeur alimentaire de graines de lupin étant sensiblement lamême qu’un mélange tourteau de soja blé à 50/50. A part laHongrie, qui consacre 300 000 ha à cette culture et l’Allemagne,L’Europe qui importe 75 % de ses besoins en protéines végétalesredécouvre à présent l’intérêt biologique, écologique etéconomique de cette graine. Le lupin est en effet une planterustique résistante aux parasites qui, à l’instar des autreslégumineuses, récupère l’azote de l’air, le recycle dans lesol (la dose fixée est estimée à 140 à 200 kg/ha/an), favorise sastructure et limite les apports d’engrais pour les culturessuivantes dans les systèmes de rotation. Il supporte aussi bienl’absence de traitements phytosanitaires ; insecticides etfongicides. D’où un coût de revient peu élevé de sa culture.


CULTIVER LE LUPIN EN SOLSACIDES


A part ses vertuscommunes aux légumineuses, beaucoup d’arguments militentgrandement en faveur du lupin autant que la féverole comme l’undes composants d’une stratégie d’autonomie protéique radicaledans l’alimentation animale qui tienne compte des spécificitéspédoclimatiques de la Tunisie.


L’argument massue estsans doute le fait que les variétés les plus répandues, le lupinblanc (Lupinus albus) et le lupin bleu (Lupinus angustifolius),poussent même sur les sols sablonneux ou limoneux pauvres et acides; à la limite de la stérilité, où pratiquement rien ne pousse !Des scientifiques avancent qu’en raison de leur«…enracinement pivotant les lupins sont moins sensibles à lasécheresse que la féverole et craignent au contraire les excèsd’eau » ! Ce don de la nature que les Romains cultivaientjadis chez nous à partir d’espèces autochtones exigeantes enchaleur « … contient plus de protéines que la féverole (43 %contre 30%). Moins riche en amidon il apporte une grande partie del’énergie sous forme de lipides. Ce qui est un avantage tant dansl’alimentation des monogastriques (diversification de l’apporténergétique) que dans l’alimentation des ruminants (limite desrisques d’acidose dans le rumen ».


Ajoutez à cela laproduction d’une huile d’excellente qualité et on comprendrapourquoi l’Australie, pays aride entretenant un impressionnantcheptel ovin, a produit en 2004 plus d’un million de tonnes degraines de lupin (86 % de la production mondiale) contre 265 000tonnes de fèverole.


Apparemment si le lupindoux n’est pas à l’ordre du jour en Tunisie et reste confinécroit-on dans les laboratoires de l’INRAT (qui n’a pas de siteweb) c’est qu’on ne dispose pas assez de sols acides adaptés àcette culture. Plutôt qu’une explication c’est une réponsedéterminée par l’absence d’une cartographie détaillant lessols sur une échelle plus précise suivant le critèrealcalinité/acidité.


MOGODS KROUMIRIE, REGIONA SOLS ACIDES


Pourtant, une excellenteétude (mise en ligne par www.fao.org) du Professeur Ch. Kayouli del’INAT (institut qui n’a pas lui aussi de site web) sur le profilfourrager de la Tunisie précise que dans la zone agroécologique desMogods-Kroumirie «… En raison de la pauvreté de ses sols,cette région a un potentiel agricole faible. En effet, lorsd’expériences sur les fourrages menées dans la zone, les sols ontété analysés et les résultats ont montré qu’ils sont trèsacides (pH KCl = 4 – 4,3) et pauvres en azote (0,06 – 0,07 pourcent), avec un très faible contenu en phosphore (1 mg / 100 g) etune concentration d’humus marginale (1,5 – 1,9 pour cent).».Voici donc le terrain de prédilection pour cette planteacidophile : des régions humides et subhumides aux sols acidespropices à la culture pluviale du lupin. Des terres pour lescultures fourragères dans cette zone forestière et dans le NordOuest en général existent mais elles sont à faible potentiel parcequ’on n’y a pas cultivé la bonne graine. Les Mogods Kroumirievoués naturellement à la sylviculture et à l’élevage regorgentde zones de pâturages dégradés qui représentent autant depépinières pour le lupin sans recours à de nouveaux défrichagesou réallocation de terres exploitées dans d’autres cultures.


Quoique le Maroc n’enproduit que 14 000 tonnes, des rendements moyens de 30 quintaux parhectare ont été obtenus avec une variété locale de lupin blancdit Multolupa. Ce qui semble une référence juste pour le calculéconomique. En admettant alors que ce ratio est reproductible danscette zone agroécologique de la Tunisie et que 1 kg de lupinéquivaut à 1,25 UF, 100 000 ha de terres acides dédiés à cetteculture, uniquement par la mobilisation de terres incultes oudégradées, produiraient en graines l’équivalent de 400 millionsd’UF, soit deux fois plus que la production actuelle par unitéavec les fourrages classiques. La féverole peut égaler ce rendementmais il faudra chercher où la planter dans le croissant fertile.


Pour les populationsforestières qui y apprivoisent bovins et ovins, ces populations quidétiennent des records de pauvreté et de sous emploi, le lupinaccroîtrait leurs revenus agricoles et la qualité de leur bétailpar un meilleur apport en protéines comblant le déficit enfourrage. Leur dépendance vis-à-vis des revenus et des produitsforestiers diminuerait significativement et par conséquent lapression sur la forêt elle-même. C’est ce qu’on appelle unsystème agroécolgique dans lequel une culture adaptée etinnovante, le lupin dans ce cas, devient par elle-même le moteurd’un développement durable. Les moyens techniques et financiers,les décisions des pouvoirs publics n’en seront que le corollaireet ne détermineront par conséquent que la vitesse du processus dedéveloppement.


MOGODS KROUMIRIE CAPITALEDU LUPIN?


Les possibilités pourque les Mogods Kroumirie deviennent la capitale du lupin avec unebalance protéagineuse excédentaire pour le Nord Ouest ne sont pasillusoires. Il y a 10 ans l’Australie n’en cultivait pas etaujourd’hui cette culture s’étend sur un million d’hectares.L’extension de cette activité - peu exigeante en intrants et deconduite simple, dans les zones du Centre et du Sud dépendra d’abordde la disponibilité de poches acides (région de Segui à Gafsa ?)dans un environnement dominé par les sols alcalins. Toutefois il esttoujours possible d’apporter un amendement acide sur les terres des« no plant’s land » par voie agrochimique ou par une voiebiologique consistant en l’épandage d’aiguilles de résineux(une source de valorisation des produits forestiers du Nord Est ?).


Pour le reste, il existedes variétés douces à faible ou moyen rendement adaptées auxclimats arides et semi-arides assurant une bonne couverture végétalepour une faible pluviométrie.


La multiplication et laréintroduction dans ces contrées de souches sauvages autochtones delupin plus résistantes aux maladies (anthracnose) et à lasécheresse serait encore plus viable pour escamoter le piège del’importation de semences dites sélectionnées. Le fait que leslupins sauvages soient amers et contiennent des alcaloïdes toxiquesne pose plus problème grâce à un procédé d’adoucissement etd’élimination des alcaloïdes dit « procédé Mittex » issu dela « recherche » italo-suisse-allemande. Le sous-produit del’extraction, le lupinex, est un fertilisant et un produitphytosanitaire biologique et économique !


Lupinus, cette plante queles anciens appelaient « la rose d’or des sables » et qui n’enfinirait pas de nous étonner, n’est pas destinée à êtrecataloguée et archivée dans une banque de gènes. Car en ces tempsoù la sécurité alimentaire est devenue un véritable front, larecherche agronomique a le devoir patriotique de nous fournir dans debrefs délais ces armes dont le lupin fait partie.


PS : Les acteurs de larecherche sont les organismes et les institutions qui ne reflètentpas nécessairement l’avis des chercheurs ou ne rendent pas comptede leurs efforts.
Ndlr: les sous-titresne sont pas de l'auteur.
Elbatni
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